dimanche 18 décembre 2016

Rien de plus beau qu'un prof qui écrit pour motiver ses élèves à écrire

Classe de Sébastien Bourgault, école Saint-Louis-de-France
On ne le dira jamais assez, il y a des enseignants passionnés et engagés, qui font des activités originales et stimulantes avec leurs élèves. À preuve, Sébastien Bourgault, enseignant à l’école Saint-Louis-De-France, à Lévis. Avec ses élèves de 5-6e année, il a lu La plus grosse poutine du monde. Ce roman se termine sur une fin ouverte. Et l’enseignant a demandé à ses élèves d’imaginer la suite. Jusque-là, rien de très novateur, me direz-vous. Mais là où Sébastien Bourgault a fait montre d’initiative, c’est qu’il a lui-même plongé dans les eaux exigeantes de la création, pour ensuite mieux y entraîner ses élèves.

L’enseignant s’est donc mis dans la peau du personnage principal, un garçon de 14 ans, et il a rédigé une lettre de Thomas à sa mère. Sa lettre, tout à fait dans le ton du roman, ramène les principaux éléments de l'intrigue et les caractéristiques des personnages. Les élèves avaient pour consigne d’écriture de rédiger à leur tour une lettre qui serait la réponse de la mère.


Ce que je trouve formidable, dans cette activité d’écriture, c’est que l’enseignant devait se mettre dans la peau de l’ado, tandis que ses élèves devaient se mettre dans la peau de la mère. Rien de mieux que de chausser les godasses de l’autre pour mieux le comprendre.

Mais ce qui m’enchante encore plus ici, c’est de voir l’enseignant se mouiller, écrire, créer, suer sur un texte et le présenter ensuite à sa classe. C’est de voir l’enseignant faire lui-même ce qu’il demande à ses élèves de faire. Voilà la modélisation à son meilleur. Comme pratique pédagogique, on peut difficilement demander mieux, tel que l’indique cet article sur comment un enseignant peut aider ses élèves à mieux écrire.   

Pour la classe de Sébastien Bourgault, les résultats ont été plus que satisfaisants. Tous les élèves de la classe ont rédigé une lettre et d’après l’enseignant, « ils ont adoré » cet exercice. Les élèves ont ensuite voté pour leurs textes préférés, deux lettres drôles et touchantes. Voyez ci-dessous la lettre rédigée par l’enseignant, suivie des lettres écrites par Justin Demers et Amy Roy.


Lettre de Thomas à sa mère, rédigée par l'enseignant, Sébastien Bourgault 
Bonjour maman,
Devrais-je plutôt dire bonjour madame. En réalité, je ne t’ai pas vu depuis 9 ans et je ne t’ai connu que durant mes cinq premières années de vie. Malheureusement, nous ne nous connaissons plus vraiment. Tant pis, j’ai décidé de t’écrire ce matin, car j’aimerais passer à autre chose.

Les idées se bousculent dans ma tête, j’ai le goût de te dire mille et une choses et je ne sais pas trop par où commencer.  Allons-y par priorités, mes questions et des nouvelles de moi.
As-tu vu ma photo dans l’Écho de l’Estrie? L’as-tu vue dans le livre des Records Guinness?
Penses-tu revenir à la maison un jour? Je crois bien que papa aussi aimerait te revoir.
Travailles-tu? As-tu des animaux de compagnie? Que fais-tu de tes journées?
Ouf, je pourrais continuer encore comme ça pendant 9 pages, une par année écoulée depuis ta disparition.

De mon côté, je vais plutôt bien. Si tu as répondu non à mes deux premières questions, imagine-toi que je viens de battre le record de la plus grosse poutine du monde. Te souviens-tu, j’aimais beaucoup celle que tu me préparais quand j’étais petit. Ce projet m’a aidé à me rapprocher de toi. J’ai réalisé cet immense défi avec mon meilleur ami Sam et une fille qui vient d’arriver en ville. Elle s’appelle Éliane Ladouceur, mais elle préfère Élie. Elle est très spéciale cette Élie, j’en apprends à tous les jours sur elle et j’aimerais que cela continue. Penses-tu que je suis trop jeune pour qu’elle devienne ma blonde? 

Papa continue son projet bateau. J’aimerais qu’il me consacre plus de temps. C’est aussi pour cela que je souhaite avoir de tes nouvelles.

J’espère que tu prendras le temps de me répondre. Disons que tes petits mots à mon anniversaire ne m’en disent pas trop sur toi.

Ton Thomas qui t’aime et qui pense à toi!
xxx…


Lettre rédigée par Amy Roy, 6e année, école St-Louis-de-France

Bonjour Thomas,
Appelle-moi maman, je sais qu’on ne s’est pas vu depuis quelques années, mais je reste ta mère pour toujours! Je suis tellement contente d’avoir reçu ta lettre aujourd’hui.

Pour répondre à tes questions, oui j’ai vu ta photo dans l’Écho de l’Estrie en feuilletant le journal. Je suis extrêmement fière de toi Thomas! 

Malheureusement, je n’ai pas vu ta photo dans le livre des records Guinness.
Je pensais revenir le jour de tes 14 ans, mais ton père ne m’a jamais pardonné d’être partie. Je ne crois pas qu’il serait content de me revoir.

Concernant le travail, non je n’ai pas de travail, mais des fois j’aide les bénévoles et je gagne 150 dollars. J’ai un perroquet bleu et blanc qui s’appelle Bouboule, je l’ai acheté peu après mon départ et c’est une femelle. Je crois qu’elle va bientôt avoir des bébés car un jour un joli perroquet vert est venu retrouver ma belle Bouboule et depuis, ils ne se quittent plus d’une semelle. Pour ta dernière question, je passe mes journées à aider les bénévoles, m’occuper de Bouboule et lire un bon roman d’aventures et de suspenses.

Moi aussi je vais te donner un peu de mes nouvelles. Je vais super bien et je suis heureuse de savoir que toi aussi et je m’en souviens que tu aimais beaucoup ma super poutine. Concernant cette Élie, elle a l’air d’être vraiment gentille et je ne crois pas que tu es trop jeune pour sortir avec  elle car je crois plutôt qu’elle est faite pour toi.

Ton père, même s’il ne te consacre presque jamais du temps, il n’est pas un mauvais père et il t’aime très fort Thomas.

Ta maman qui t’aime aussi et qui regrette d’être partie.
Xxx


Lettre rédigée par Justin Demers, 6e année, école St-Louis-de-France

Bonjour Thomas,
Je sais que je suis partie depuis neuf ans, mais j’ai fait ça pour que tu n’aies pas honte de moi. Mon fils, les cinq premières années que je t’ai connu ont été les cinq meilleures années de ma vie.

Maintenant mon cher Thomas, je vais répondre à tes questions. Oui j’ai vu ta belle photo dans l’Écho de l’Estrie et bravo pour ta poutine de 650 kilos, je suis très fière de toi. Mais je n’ai pas vu ta photo dans le record Guinness, car je n’ai pas le temps de le regarder parce que j’ai un travail maintenant. Je travaille comme couturière et je fais des merveilles autant pour les vêtements de filles que ceux de gars. 

Je vais peut-être revenir à la maison avec Spoutnick quand je serai prête. Si tu me poses la question, Spoutnick c’est mon lézard c’est un gecko léopard. 

Pour Élie, si tu la trouves belle, va lui demander, je pense que tu es assez vieux pour avoir une blonde. 

Pour Jean, ton père, tu pourrais l’aider avec son bateau, je suis sûre qu’il va adorer ça ou tu peux lui dire que tu veux passer plus de temps avec lui.

Moi je me suis acheté un petit appartement et je n’ai pas de problème là-bas. J’ai arrêté de boire, cela a été dur, mais à cause de cela je me sens mieux. J’ai recommencé ma vie avec mon petit lézard jaune et noir.

Une dernière petite chose, je me suis trouvée une passion : c’est la cuisine et ma spécialité c’est la poutine que tu aimais tant.
Ta maman qui t’aime
xxx.

lundi 12 décembre 2016

Le père Noël ne sait pas dire non


Pour ceux qui cherchent encore des idées de livres à offrir aux petits-enfants, aux grands enfants, aux enfants pas tannants et même aux enfants turbulents, voici une suggestion de lecture rigolote avec éclats de rire en garantie. Mon album:  Le père Noël ne sait pas dire non.

Ce livre n'est pas une nouveauté, mais ce qui est nouveau cette année, c’est la fiche pédagogique. Mon petit cadeau de Noël aux enseignants. Pour les inspirer et les remercier. Pour télécharger la fiche, il suffit de cliquer ici.

Cette histoire de décembre présente le père Noël sous un jour inédit. Le célèbre bonhomme à barbe blanche est évidemment très généreux, mais il a aussi un petit problème: il ne sait pas dire non. Dans cet album, vous trouverez des tonnes de flocons de neige, de la joie et quelques surprises. Cerise sur le gâteau aux fruits, il y a aussi pas mal de drôleries, grâce au trait humoristique et alerte de l’illustrateur Jean Morin.  Bref, à moins d’être comme le chef Lutin (bougon-grognon-ronchon), vous trouverez dans cet album amplement matière à vous mettre dans l’esprit des Fêtes.

Le père Noël ne sait pas dire non, aux éditions de la Bagnole. Disponible dans toutes les bonnes librairies (indépendantes si possible) ou à commander en ligne sur http://www.leslibraires.ca/ 

jeudi 17 novembre 2016

Mon livre qui dénonce l'homophobie est finaliste au Prix des libraires du Québec

L'album exposé au Salon du livre de Montréal, où je serai ce weekend!
Après avoir été finaliste au prix littéraire du Gouverneur général, voilà que Deux garçons et un secret se retrouve finaliste au Prix Jeunesse des libraires du Québec.

Je me réjouis de la visibilité accordée à ce livre.
- Parce qu’en 2016, l'homosexualité est toujours passible de la peine de mort dans une dizaine de pays.
- Parce que plus de 70 États pénalisent l’homosexualité par de la prison, de la torture, ou des travaux forcés.
- Parce que les racines de l’homophobie sont la peur.
- Parce qu’on ne dénoncera jamais assez l’homophobie.

lundi 14 novembre 2016

Salon du livre de Montréal: venez bouquiner!


Novembre nous ramène la grande fête livresque du Salon du livre de Montréal.
Bon temps pour s’enivrer de lecture.
Comme disait si joliment Robert Sabatier : « Livre, porte ouverte, ouvre des portes en moi. »

Venez bouquiner au Salon!
Laissez les portes s’ouvrir en vous!

J’y serai à ce grand Salon pour mon annuel bain de foule et mon immersion livresque.
Voici mon horaire :

Samedi le 19 novembre :
- 9h à 10h : Isatis pour Manchots au chaud (stand 400)
- 10h à 11h. Éditions Druide pour Une cachette pour les bobettes (stand 242)
- 11h15 à 11h40 : Animation sur scène à l’Agora : Y’a pas de place chez nous
- 12h à 13h : Québec Amérique pour Y’a pas de place chez nous (stand 260)
- 13h à 14h : Ma Bulle pour Les mots-amis (stand 318)
- 16h à 17h : La Bagnole pour Deux garçons un secret (stand 472)

Dimanche le 20 novembre:
- 9h à 10h : La Bagnole pour Deux garçons un secret (stand 472)
- 10h à 11h; Éditions Druide pour Une cachette pour les bobettes (stand 242)
- 11h à midi : Québec Amérique pour Y’a pas de place chez nous (stand 260)
- 13h à 14h : Ma Bulle pour Les mots-amis (stand 318)
- 14h à 15h : La Bagnole pour Deux garçons un secret (stand 472)
- 15h à 16h : Isatis pour Manchots au chaud (stand 400)

Salon du livre de Montréal: venez bouquiner!


Novembre nous ramène la grande fête livresque du Salon du livre de Montréal.
Bon temps pour s’enivrer de lecture.
Comme disait si joliment Robert Sabatier : « Livre, porte ouverte, ouvre des portes en moi. »

Venez bouquiner au Salon!
Laissez les portes s’ouvrir en vous!

J’y serai à ce grand Salon pour mon annuel bain de foule et mon immersion livresque.
Voici mon horaire :

Samedi le 19 novembre :
- 9h à 10h : Isatis pour Manchots au chaud (stand 400)
- 10h à 11h. Éditions Druide pour Une cachette pour les bobettes (stand 242)
- 11h15 à 11h40 : Animation sur scène à l’Agora : Y’a pas de place chez nous
- 12h à 13h : Québec Amérique pour Y’a pas de place chez nous (stand 260)
- 13h à 14h : Ma Bulle pour Les mots-amis (stand 318)
- 16h à 17h : La Bagnole pour Deux garçons un secret (stand 472)

Dimanche le 20 novembre:
- 9h à 10h : La Bagnole pour Deux garçons un secret (stand 472)
- 10h à 11h; Éditions Druide pour Une cachette pour les bobettes (stand 242)
- 11h à midi : Québec Amérique pour Y’a pas de place chez nous (stand 260)
- 13h à 14h : Ma Bulle pour Les mots-amis (stand 318)
- 14h à 15h : La Bagnole pour Deux garçons un secret (stand 472)
- 15h à 16h : Isatis pour Manchots au chaud (stand 400)

samedi 5 novembre 2016

Coup de foudre livresque pour un album coup de poing


Jacques Goldstyn a été couronné cette semaine du prestigieux Prix TD pour son album L'arbragan
Mais il publie cet automne un autre album, tout aussi fantasformidable, qui risque fort de remporter aussi des prix.  Azadah est un album d'une qualité telle qu'il susciter, je suis prête à le parier, des coups de foudre livresques autant chez les enfants que chez les adultes. 


Cher Jacques Goldstyn,

Je vous l’avoue franchement, après avoir lu votre album Le prisonnier sans frontières, je me suis dit: c’est son Grand Livre. Son album le plus fort. Goldstyn ne pourra pas faire mieux. Impossible. Mais – oh joie! – je me suis trompée! Voilà que vous débarquez avec un nouvel album, tout aussi (sinon plus…) puissant! Incroyable, mais vrai.

Cher Jacques Goldstyn, votre Azadah m’a fait l’objet d’un coup de poing au plexus. Tant de beauté, tant de violence, tant de simplicité et tant de nuances, vraiment, je ne sais pas comment vous faites.

Il y a tellement d’éloges à faire sur votre album que je ne sais trop par où commencer. Commençons par l’Afghanistan. Parce que là, vraiment, chapeau, Jacques Goldstyn. Des livres jeunesse qui traitent de l’Afghanistan, on les compte sur les doigts d’une main. Ce petit pays d’Asie centrale (l’un des plus pauvres au monde) aux prises avec une effroyable guerre civile, c’est avant tout par vos illustrations qu’on le découvre. À commencer par les magnifiques pages de garde de l’album, offrant à voir un paysage de montagnes et de vastes étendues désertiques. Par vos délicates illustrations, créées à l’encre de Chine, aux crayons de bois et à l’aquarelle, on découvre la vie quotidienne en Afghanistan: les écoles détruites par les bombes, les soldats armés dans les rues, la femme en burqa qui vend ses légumes, la montagne de souliers devant la mosquée à l’heure de la prière, les enfants qui jouent dans une carcasse calcinée de voiture, etc.

Outre cette fenêtre ouverte sur un pays exotique et lointain, vous nous offrez ici, Jacques Goldstyn, une nouvelle amie. Oui, oui, dès les premières pages du livre, on se prend d’affection pour Azadah. Cette fillette a des rêves, un vif appétit de vivre et une telle force de caractère qu’on a envie de la connaître « pour de vrai ». Prisonnière de son pays et de sa culture, cette petite Afghane voudrait pouvoir faire des choses « normales » : aller à l’école, rouler à vélo, lire des livres, voyager, avoir plus tard un métier, etc. Heureusement, Azadah s’est fait une amie, une photographe nommée Anja. Cette étrangère lui donnera les outils pour que la fillette trouve elle-même la solution à son problème. Grâce à son cran et son ingéniosité, Azadah s’envolera vers la liberté…

Nous avons donc ici une héroïne inoubliable, une histoire prenante, plantée dans un cadre aussi original que fascinant. Mais ce qui m’a ébranlée dans votre album, monsieur Goldstyn, c’est son aspect documentaire, qu’on n’avait pas du tout vu venir. La surprise finale n’en est que plus bouleversante. Cette Anja, amie d’Azadah, n’est pas un personnage fictif, mais bien une photojournaliste allemande qui a reçu en 2005 le prix Pulitzer et le Prix Courage de l’International Women Media Foundation. Cet album est un hommage à Anja Niedringhaus, assassinée en Afghanistan en 2014.

En cette époque tumultueuse et tourmentée, où les bombes pleuvent, où les réfugiés se chiffrent par dizaines de millions et où des sociétés s’entredéchirent au nom de la religion, des albums comme Azadah sont d’une grande pertinence sociale. Les enfants ont besoin de livres qui les aideront à mieux comprendre le tumulte du monde qui les entoure. Captivant sur le plan narratif, riche d’informations, visuellement somptueux, cet album est de ceux qui peuvent être lus et relus, avec de nouvelles découvertes à chaque lecture.

Cher Jacques Goldstyn, votre album frappe fort, car il éblouit, attendrit et nourrit tout à la fois. Merci de nous faire découvrir avec autant de doigté une actualité négligée par les grands médias… Surtout, surtout, merci de mettre votre immense talent d’illustrateur et de conteur au service de « causes »… Je souhaite ardemment que les projecteurs du milieu littéraire se braquent sur Azadah, afin que votre livre reçoive toute l’attention qu’il mérite.

vendredi 28 octobre 2016

Enzo Lord Mariano : talent, fougue et besoin constant de créer


Il joue de la mandoline, vit avec une grosse patate de chat et n’a aucune difficulté à illustrer des personnages méchants. Rencontre avec un jeune artiste bourré de talent, Enzo Lord Mariano, qui a illustré Y’a pas de place chez nous.


Parle-nous de toi Enzo Lord Mariano

Je m’appelle Enzo et dans la vie, je mange, je dors, je dessine, je joue de la musique et je vis avec une grosse patate de chat. Depuis que je suis tout petit, j’ai toujours eu peur de grandir. C’est triste, mais en grandissant on dirait qu’on perd notre étincelle de petit enfant. Et ce qui est génial avec ce boulot d’illustrateur, c’est que je peux redevenir un petit garçon une fois de temps en temps!

Depuis que je suis tout petit, je baigne dans un océan artistique assez farfelu… Avec une mère costumière sorcière et un père directeur photo bucheron dans l’âme. Mes parents m’ont fait beaucoup voyager et découvrir le cosmos des arts. J’ai toujours beaucoup dessiné avec ma mère et bricolé avec mon père. Je pense que c’est cela qui a déclenché mon besoin constant de créer! Par une heureuse coïncidence, je suis tombé à 12 ans dans une école secondaire fondée sur l’enseignement à travers les arts. Quel bonheur! J’ai donc vécu mon adolescence avec Arlequino, Buster Keaton, Picasso et Mozart… C’est d’ailleurs à ce moment que j’ai développé une passion pour la musique!

Après avoir terminé des études en cinéma, j’ai eu un “déclic” suite à un stage de jazz vocal au Domaine Forget. J’ai réalisé que je m’ennuyais beaucoup de la musique. J’ai donc décidé de recommencer le cégep et d’entamer une technique en musique. J’ai maintenant le bonheur de réaliser des études en mandoline jazz en plus d’illustrer des livres!

En tant que petit-fils d’immigrant (donc 2e génération au Québec), quelle est ta réaction
à l’égard de ces milliers aux réfugiés qui arrivent au Canada?

Toute cette histoire de guerre en Syrie est complètement horrible et absurde en 2016… Je suis triste de voir cette remontée du racisme dans les pays occidentaux… Les gens n’ont donc pas appris depuis la ségrégation à la première moitié du 20ème siècle? J’ai aussi remarqué quelque chose de déplorable… Mes grands-parents italiens sont arrivés au Canada dans les années 60 et ont eu aussi souffert du racisme. On les traitait de “voleurs de jobs” et d’être tous reliés à la mafia italienne. Ça s’est calmé au fil des années et ils ont pu s’intégrer. Malheureusement, quand je parle de cette vague de réfugiés syriens qui arrive au Canada à ma Nonna, elle tient les mêmes propos que les Québécois criaient aux Italiens quand ils venaient d’immigrer au pays. C’est le monde à l’envers…

Peux-tu décrire la technique que tu as utilisée pour illustrer Y’a pas de place chez nous ?
J’ai fait beaucoup de tests avant de trouver le style que j’allais donner à l’album. Après plusieurs essais, j’étais toujours déçu du rendement final et le brouillon me semblait toujours plus joli et approprié que l’illustration finale. J’ai donc opté pour un style de traits plutôt brouillon en mélangeant le fusain et la mine. Pour la colorisation, je me suis créé une banque de lavis d’aquarelle de différentes couleurs et textures que j’ai ensuite “collé” en transparence au dessin grâce à un logiciel d’illustration. 

Et ton processus de création?
Avant de commencer le projet, j’ai fait énormément de recherches à propos de la situation actuelle au Moyen-Orient. Je me suis beaucoup inspiré de photos des réfugiés Syriens dans leur embarcations de fortunes afin de rester le plus fidèle possible à la réalité, malgré mon style de dessin pas trop réaliste. Les fameuses montagnes de vestes de sauvetages oranges abandonnées au bord de l’eau sont un emblème puissant qui représente bien cette guerre. J’ai donc choisi des couleurs plutôt sombres et grises, pour faire contraste au orange vif de ces vestes de sauvetages.

Quels ont été tes défis pour illustrer cet album?
Ce n’est pas compliqué d’illustrer les habitants dans les îles. C’est toujours facile de réaliser des personnages méchants et pas contents! Le plus difficile a été de ne pas trop tomber dans un style dramatique langoureux, sans non plus dénaturer ces événements difficiles et tristement réels…

Quelle est ton illustration préférée dans Y’a pas de place chez nous ?
Celle des pages 30-31! Je me suis directement inspiré d’une image très connue des réfugiés arrivant sur la berge des îles Grecs. Ça me fait plaisir aussi de voir les deux frères sourire pour la première fois…
© Sergey Ponomarev, The New York Times 

Illustration: Enzo Lord Mariano (Y'a pas de place chez nous)
Tes projets à venir?
J’ai le constant besoin de créer! Je viens de terminer un album jeunesse qui paraîtra en janvier… Je suis présentement en train de coréaliser, avec un talentueux scénariste, un beau projet de bande dessinée qui va se dérouler à Montréal. Je fais partie aussi d’un groupe de swing manouche! On se garde occupé avec des concerts et on va enregistrer en studio un peu avant Noël… En attendant, je travaille sur une (deuxième!!) bande-dessinée relatant notre tournée improvisée cet été en Gaspésie et sur la côte nord!